Tu viens chanter ?

LES PAROLES

ACHETER LA BROCHURE

Je suis

hologramme

Je suis

Des miettes sur le canapé

L'inverse de toi

Luis Mariano

Hologramme

C'est normal

Toutes les minutes

J'aurai le temps

Le pire

Grandir sous ton aile

Une pression, impression, dépression, régression

Je me marre, je démarre, me sépare, je me barre

Je suis moi, je suis vous, tu es fou, je suis nous

Venez à moi ou moi à vous, à bout de bras, les bras au cou

 

Je suis vierge, je gamberge, sous la terre, je submerge

Manque d’oxygène, je suis vilaine, même égoïste, la coupe est pleine

Je suis de feu, je suis si peu, mais tellement mieux sans mes cheveux

Je suis rien, je suis bien, je suis maintenant, je suis demain

 

To be or not to be, je suis comme je suis

Jour après jour, je ne change pas, je vis

 

Je suis sauterelle et hirondelle, mâle et femelle, je suis jumelle

Je suis forêt, je suis tableau, je suis balai, je suis piano

Je suis l’hiver, je suis la mer, je suis l’équerre, ses angles amers

Je suis le jour, je suis le nord, je suis la mort, je suis l’amour

 

Je t’écris, tu souris, je mange plus, je maigris

Je suis l’idée, je suis l’aînée, je suis la bombe et sa portée

Je suis fumée, je suis aimée, je suis mariée et condamnée

Je suis la feuille de l’écureuil, je suis clin d’oeil après le deuil

 

To be or not to be, je suis comme je suis

Jour après jour, je ne change pas, je vis

 

Je suis caillou, je suis joujou, je suis hibou et je suis pou

Je suis décembre, je suis mon ombre, je suis la barque, celle qui sombre

Je suis le phare, je suis têtard, je suis bagarre, je suis poignard

Je suis l’heure pile, le jour tranquille, je suis débile, j’en perds le fil

 

To be or not to be, je suis comme je suis

Jour après jour, je ne change pas, je vis

 

Je suis l’ombre du ciel au soir, je suis le marc du café noir

Je suis la femme et je suis l’homme, je suis la came, je suis la somme

Je suis moi, je suis vous, tu es fou, je suis nous

Venez à moi ou moi à vous, à bout de bras, la corde au cou

 

To be or not to be, je suis comme je suis

Jour après jour, je ne change pas, je vis

© 2009 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

Y’avait des miettes sur le canapé
Une cigarette écrasée dans le fond d’un cendrier
Quelques verres de tequila renversés sur le parquet
Une liste d’idées noires jetée par-terre et chiffonnée

 

Y’avait des restes pour l’heure du dîner
Une belle assiette emballée dans du papier d’alu doré
Avec une drôle d’odeur qui débordait sur les côtés
La bouffe était vivante, chronique d’un repas oublié

 

Y’avait des cheveux dans le lavabo
Deux brosses à dents enlacées, un dentifrice saveur coco
Quelques bouteilles de parfum alignées comme des dominos
Une lettre écrite à la main avec des insultes au verso

 

Y’avait trop d’eau dans le gaz et pas assez dans le vin
C’était écrit en majuscules, « tu n’es pas tout, je n’suis pas rien
Les mots m’en tombent et, dans mon corps, j’ai le coeur qui perd la tête
Et mes pensées qui se déchirent comme un ciel zébré de comètes »

 

Y’avait des braises dans la cheminée
Et les cendres d’une histoire qui était partie en fumée
Une boîte fermée à clef était déposée dans le feu
Sur le couvercle c’était gravé « nos plus beaux souvenirs à deux »

 

Y’avait des larmes sur un oreiller
Et des rêves collés au plafond par centaines et par millions,
Les rancoeurs d’un amour blessé, les reproches pas digérés
Qui ressuscitaient dans le noir une fois la nuit tombée

 

Y’avait du vent dans les marronniers
Qui faisait danser les feuilles dorées par la fin de l’été
Pendant que les tempêtes en mer jetaient les vagues sur les rochers
Et que les poumons de son coeur buvaient la tasse à sa santé

 

Y’avait des cris dans un hall d’entrée
Des baffes perdues, des coups manqués, des valises pleines à craquer
Des clefs rendues, une porte claquée, un dernier cadeau lancé
Enroulé dans du satin à déballer dans l’escalier

 

Y’avait une bague dans une fleur séchée
Et sur chaque pétale replié, au crayon noir c’était noté:
« Même si parfois le temps nous fane, les hivers finissent par passer,
Deviens l’étincelle de ma flamme, veux-tu bien m’épouser ? »

 

© 2017 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

Parle, tais-toi, articule
Ferme les yeux, regarde-moi
Va-t’en, bouge pas, gesticule

 

Viens vers moi, reste ici depuis là-bas
Caresse-moi de tes pensées
Pense à moi de tes dix doigts

 

Sers-moi encore pour que je t’ignore
Hurle en silence, énerve-toi de bon sens
Regarde en bas, la tête haute
Marche droit dans les courbes des contours de mes côtes

 

Embrasse-moi bouche fermée dans un élan de souffle coupé
Respire par la peau à poumons essoufflés
Pleure, ravale tes larmes évaporées
Parle-moi du bon temps qui ne t’est jamais arrivé

 

Dis-moi des mots doux, moins gentils, plus piquants
Frappe-moi de coups de velours, bats-moi de tes bisous
Déteste-moi d’amour en taisant tes « je t’aime »
Saute-moi au cou en murmurant des poèmes

 

Sois l’inverse de toi, reste intact, ne joue pas
Sois modeste de prétention, on est trop nul quand on est bon
Deviens la femme au masculin, l’homme au féminin
Deviens cette nature morte plus vivante qu’un humain

 

Avale, recrache, mes paroles et ton sang
Mes reproches, tes désirs et les mots que tu trouves craquants
L’odeur de ma peau qui décapite tes sentiments
Les regards dans ton dos de la bête du Gévaudan

 

Allez viens dans mes bras, caresser mon ego
Embrasser ma poix, mes feuilles et mes oiseaux
Allez viens jouer dehors, viens jouer dans mon bateau
Promis, je te laisserai gagner à Papier-Caillou-Ciseaux

 

Eteignons la lumière, c’est dans l’ombre que les coeurs causent
Et on voit beaucoup mieux les yeux quand on voit un peu moins les choses
Tiens-toi debout, allongé, à genoux, écorché
Mort ou vif, écolier, voleur ou shérif

 

Parle, tais-toi, articule
Ferme les yeux, regarde-moi
Va-t’en, bouge pas, gesticule

 

Viens vers moi, reste ici depuis là-bas
Caresse-moi de tes pensées
Pense à moi de tes dix doigts

 

Sers-moi encore pour que je t’ignore
Hurle en silence, énerve-toi de bon sens
Regarde en bas, la tête haute
Marche droit dans les courbes des contours de mes côtes

 

© 2017 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

J’ai pété du papier bulle à longueur de journée,
J’ai fixé le blanc du mur de ma chambre à coucher
J’ai attendu le crépuscule depuis l’heure du lever
J’ai dîné en mangeant dans les couverts du petit déjeuner

J’ai rien voulu répondre quand on m’avait demandé
De décliner mon rêve de carrière et un choix de métier
J’me souviens avoir versé toutes les larmes de mon corps
Le jour où ma maman m’a dit « Mon trésor, va falloir bosser »

Alors j’ai dû choisir, j’y ai réfléchi à deux fois
Le choix B ou le choix A, le B à Ba de l’employé
Le mauvais film de série B, j’préfère rien faire, enfant gâté
Je postulerai dans un domaine où on est payé pour glander

Et puis un jour, j’ai ouvert mon frigo
Et j’n’y ai vu que l’portrait de Luis Mariano

J’ai arpenté les rues à la recherche d’une petite annonce
En marchant sur des pigeons comme sur des clous qu’on enfonce
Tête baissée, majeur dressé, d’un pas décidé
Pas le temps de batifoler, sauf si on m’offre un café

J’ai débarqué chez Pôle Emploi, sourire aux lèvres comme il se doit
Et puis j’ai donné mon CV qui tient sur un post-it plié
Je portais une mini-jupe, un push-up, un décolleté
Pas de chance, merde, le mec en face était pédé

Je lui ai dit « Bonjour Monsieur, enchantée de me recevoir,
Je postule pour un salaire ou pour du travail au noir,
J’suis plus très jeune et pas franchement motivée
Mais j’ai un vieux dans mon congélo à qui j’dois donner à manger »

Et puis plus tard, j’ai réouvert mon frigo,
Luis Mariano était couché sur le dos

J’suis ressortie dans la rue, j’ai refait le même chemin
De retour chez Pôle Emploi j’ai levé les deux mains
J’ai dit au mec « écoute-moi bien, tu vas m’trouver du travail,
Sinon tu vois ces deux veines là, hé bien, j’me les entaille »

J’ai eu une sensation étrange, comme si je quittais le sol
Le sentiment d’être soutenue, légère comme un oiseau qui vole
J’avançais à reculon, empoignée par le chignon,
Direction sortie, escortée par deux gorilles

De retour sur le trottoir j’me suis dit que c’était pas gagné
Que je n’étais sûrement pas faite pour trouver un vrai métier
Un mec a ralenti, m’a demandé le tarif pour la nuit
Je lui ai dit « mon canard, je suis absolument hors de prix »

Puis le soir, j’ai ouvert mon frigo
Luis Mariano pleurait à larmes de croco

J’ai acheté du papier bulle que je tripotais dans le noir
J’ai fixé le blanc des murs avec tous mes amis clochards
J’ai attendu le crépuscule, du matin jusqu’au soir
Finalement les jours sont beaux, sans champagne et sans caviar

Maman m’a dit « c’est pas une vie, tu peux pas finir comme ça,
Je ne t’ai pas mise au monde pour que tu flemmes comme un chat
Bouge ton cul, aie le déclic, fais quelque chose de tes dix doigts,
Tu verras le fric c’est chic, même si tu es hors la loi »

Et puis le soir, j’ai ouvert mon frigo
Luis Mariano était parti pour Mexico

© 2016 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

Est-ce que tu as déjà eu le sentiment de rencontrer quelqu’un qui n’existait pas ?
Ce genre de personnage fictif que tu croises dans un polar
Qui te semble tellement réaliste et mille fois mieux dessiné que toi
Parce que tu l’as créé en 3D dans ta carte mémoire

 

C’est comme une ombre de spleen coloriée à l’encre noire
Ou un croquis au fusain griffonné à main levée
Avec une peau de papier où chaque pli serait un code barre
Et t’oses pas lire entre les lignes, sinon tu vas les froisser

 

C’est comme un hologramme que tu croises dans la rue
Que tu regardes traverser, qui marche toujours devant toi
Quand tu accélères pour le rattraper, pour lui parler, lui sauter dessus,
Il avance de plus en plus vite, il avance au rythme de tes pas.

 

Tu le cherches partout du regard, dans chaque foule, sur chaque trottoir,
Sur chaque quai de chaque gare
Parfois, tu l’entends rigoler, tu as l’impression qu’il est là, au fond du couloir
Alors tu sors, tu allumes ton radar et « paf », Il a disparu, comme par hasard

 

Puis la nuit, il te réveille en mettant tes rêves en sourdine
Il s’agenouille au pied de ton lit pour chuchoter dans tes oreilles,
Te parler de ta propre vie qu’il connaît comme une vieille copine
Toi tu restes figé à l’écouter, comme un lingot d’or platine

 

Pendant ce temps, il relate tes faits et gestes qu’il a épiés.
Il connaît tes goûts, tes peurs, les rages que t’as pas digérées
Tes passions , tes rêves, les trucs que tu adores
Et quand tu ouvres les yeux pour le faire taire, il se retourne et puis il s’endort

 

C’est bon, tu me suis jusque là ? Il est partout, tout le temps, par tous les temps
Il écoute aux portes et même à la serrure,
Chacun de ses mots me fait l’effet d’un coup de poing dans la figure
Sous mon armure de guerrière je cache les traces de ses blessures

 

Il m’envoie des avions en papier qui se faufilent par mes fenêtres
Et quand elles sont fermées, il me les glisse entre deux lettres
Sur chaque aile il empile des poèmes qui se superposent
Il dit que ses yeux picorent ma nuque qu’il a décrit dans sa prose

 

Quand je chante sous la douche il fredonne les deuxièmes voix
Il savonne mon corps en me frôlant de ses dix doigts
Les bulles multicolores s’envolent sous les gouttes d’eau
J’ai comme l’impression qu’il me fait un lavage de cerveau

 

Pour les pauses déjeuner il me fait croire qu’il vient manger
J’réserve toujours des tables à deux qui finissent par être annulées
Personne ne s’excuse, il n’y a que moi que ça choque
Et quand je commence à m’énerver il vient me dire que je débloque

 

Parfois, il m’attend à la sortie du job avec des fleurs
Mais quand je m’approche, il s’éloigne, comme si c’est moi qui lui faisais peur
Quand je rentre chez moi, c’est pas rare qu’il soit déjà sur le canapé
Et quand ma porte est fermée, il tourne en rond assis sur l’escalier

 

Il n’est jamais vraiment là, mais moi je ne suis jamais vraiment seule
Quand il n’est pas ici, c’est qu’il préfère voir d’autres gueules
Qu’il se bat pour d’autres causes, qu’il recherche un autre emploi
Qu’il crée d’autres psychoses avec son pouvoir sournois

 

Je n’ai jamais touché sa peau, je n’ai jamais frôlé sa paume
Je n’ai jamais vu son ombre, il est aussi pâle qu’un fantôme
Quand j’avale mes médocs il s’assied dans le pas d’la porte
Et il me fixe d’un air loufoque comme s’il me voyait déjà morte

 

On a refait le monde pendant des heures attablés à des comptoirs
Les gens me regardaient toujours attristés, comme si j’étais la veuve noire
Quand on m’a dit que je parlais seule derrière mon verre de Martini
Il a fini par me dire son nom, il s’appelait: Schizophrénie

 

© 2017 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

Bonjour Docteur, j’vais pas très bien
J’ai besoin de vos remèdes et ça peut pas attendre demain
J’ai mal au coeur, je m’vois plus les mains
Je me tords de douleur, je m’éteins c’est certain

 

Regardez l’blanc d’mes yeux, il est comme un ciel nuageux
On dirait que sur chaque paupière j’ai des champignons vénéneux
Le soir quand je m’endors, je dois laisser la lumière
Car dans le noir j’vois Dark Vador s’amuser avec son laser.

 

Il m’a dit: c’est normal (2x)

 

Ah ouais ? Et regardez ma gorge, là
J’arrive plus rien à avaler
J’digère même plus les bonnes nouvelles, qu’elles soient salées ou sucrées
J’ai comme une pelote de ficelle attachée à ma trachée

 

J’ai l’estomac dans les talons, je dois prendre mes jambes à mon cou
Pour ne pas mettre les pieds dans l’plat, corps et âme, à tour de bras
Je joue des coudes à contre-coeur pour déjouer ma dernière heure
Et je me fais des cheveux blancs, oeil pour oeil, dent pour dent

 

Il m’a dit: c’est normal (2x)

 

Ah, alors touchez mes veines, elles sont gelées et elles sont bleues
Il y a plus rien qui coule dedans, elles sont attachées deux par deux
Je me fais un sang d’encre qui nourrit même plus mes stylos
Mes globules rouges sont aussi pâles que le rose de mon cerveau

 

Et quand je sors dans la rue, j’vois plus mon reflet dans les vitrines
J’ai les fesses qui se dégonflent et les seins qui se ratatinent
Mon squelette se déplace comme une carcasse de limace
En plus j’ai mal aux pieds, y’a du gravier dans mes godasses

 

Il m’a dit: c’est normal (2x)

 

Mais enfin Docteur, jouez pas au con, faites-moi une fleur
J’sais bien que j’débarque à l’improviste et que ça fait pas trop votre bonheur
Regardez-moi, voyez ma gueule et avouez que ça fait peur
S’il vous plaît, sauvez-moi ou bien je meurs

 

Pouvez pas m’laisser comme ça, pouvez pas m’laisser crever
Comme une bête à l’agonie devant la porte de votre entrée
Je vous paierai en nature, en cash, en bakchich,
Je vous mettrai sur le podium de mes personnages fétiches

 

Il m’a dit: c’est normal
Que je puisse pas vous aider,
J’suis pas toubib, j’suis cordonnier
Je lui ai rapporté les pantoufles que j’devais lui réparer

 

Mais allez-y, il vous attend dans le dernier bureau du fond
Vous a entendu arriver, souffler épais et pleurnicher
Il m’a dit: c’est pas facile d’être le médecin des imbéciles
Alors pour les faire décuver, j’commence par un doigt dans l’nombril

 

… Bonjour Docteur, j’vais pas très bien
J’ai besoin de vos remèdes et ça peut pas attendre demain
J’ai mal au coeur, je m’vois plus les mains
Je me tords de douleur, je m’éteins c’est certain

 

Regardez le blanc d’mes yeux, il est comme un ciel nuageux
On dirait que sur chaque paupière j’ai des champignons vénéneux
Le soir quand j’bois ma bière, je dois laisser la lumière
Car dans le noir, j’vois pas jour quand je dois viser mon verre

 

© 2017 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

Toutes les minutes dans le monde
Une fleur se fane, un oiseau tombe, un feu s’éteint, une maison brûle
Un arbre arrête de grandir, une rivière finit par sécher
Un ciel commence à s’endormir, un étoile décide de briller

Toutes les minutes dans le monde
Dix-huit personnes meurent de faim, neuf cent millions se serrent la main
On attend un bus, un taxi, un chauffeur ou bien un train
On ne fait pas aujourd’hui les choses qu’on pourra faire demain

Toutes les minutes dans le monde
Neuf personnes attrapent le SIDA, la terre tremble au moins cinq fois
Cinq cents femmes deviennent maman suite à l’orgasme du jour d’avant
Souvenir soyeux ou accident, violeur ou bien amant

Toutes les minutes dans le monde
Cent cinquante millions d’e-mails sont envoyés dans le ciel
Ils croisent nos chemins virtuels, facteurs remplacés par courriels
Papier et stylo bille devancé par clavier-souris

Toutes les minutes dans le monde
ça accuse, ça emprisonne, ça oublie, ça félicite,
ça dénonce, ça pardonne, ça recommence, ça assassine,
ça aime trop, ça ment, ça cache maladroitement

ça meurt, ça renaît, ça calcule, ça disparaît
ça pronostique, ça élit, ça critique, ça abolit,
ça tangue, ça vacille, ça feraille, ça roupille
ça gagne, ça manipule, ça cuisine ou bien ça lit

ça donne des conseils, ça prend des cuites
ça arrose des jardins, ça braque des banques
ça roule trop vite, ça court pour prendre la fuite,
ça évite les bombes, ça compte les gens qui manquent

Toutes les minutes dans le monde
Quelqu’un dit que c’était mieux avant, au temps des rois et des bouffons
Les féministes enlèvent le haut, les nudistes remettent le bas,
Les poissons rouges boivent de l’eau, les politiciens bouffent leurs doigts

On s’regarde dans des miroirs pendant des heures de bas en haut
On s’attarde sur nos rides, nos cicatrices, nos défauts,
On bombe le torse, on courbe le dos
Et on retourne compter nos sous pour payer nos impôts,

On dit que la terre va mal, qu’elle ressemble à un carnaval
Que les idiots sont au pouvoir, alors c’est clair, y a plus d’espoir
Que Daesh fout les flopettes, que Trump fout la dèche
Que Sarko est une lopette et que sa meuf est une pimbêche

On dit que l’homme devient gaga, comme si c’était une race à part
Que l’être humain est dangereux, vicieux, barbare,
Que le sol grouille de mauvaises herbes, de serpents et de cafards,
Et que la planète regorge de vilains petits conards

Et le plus drôle dans tout ça c’est qu’on nous demande de nous aimer
On nous range les uns sur les autres et on nous dit: cohabitez
Et y’a des cons qui nous observent comme des souris de laboratoire
Pour accoucher d’un diagnostic qui divisera les blancs des noirs

On travaille pour vivre et puis on vit pour dépenser
L’argent qu’on n’a pas encore gagné mais qu’on nous a grassement loué
« C’est cadeau, servez-vous, vous rembourserez quand vous pourrez,
Et puis si vous crevez avant, vos enfants seront là pour payer »

Même les fleurs préfèrent pousser la tête en bas,
Elles préfèrent être admirées par tous ces gens qui n’sont plus là
Par ceux qui sont partis avant, par ceux qui sont partis à temps
Par ceux qui s’marrent en nous regardant morfler comme des gros débutants

Alors voilà, c’est pas glorieux mais c’est comme ça
On prend pas toujours les bonnes décisions et on fait pas toujours les bons choix
On ferme les yeux, on tend les bras et on avance à l’aveuglette
Sous les ordres de nos hommes de loi sans écouter notre propre planète

Et puis on s’étonne de recevoir des coups de poing dans les dents
Quand on pleurniche pour une broutille comme un enfant gâté
Lorsqu’on se plaint d’une journée minable devant les horreurs du JT
Ou qu’on se morfond pour un simple repas raté

On oublie qu’à l’âge du fer y’avait pas d’like ni de follower
Qu’ils mangeaient à même le sol et qu’ils s’aimaient à même le coeur
Qu’ils vivaient au jour le jour parce que le mot futur n’existait pas
Et qu’ils croyaient qu’en Mère Nature parce qu’il n’y avait ni Dieu, ni croix

Aujourd’hui, on n’sait pas encore où on va mais ce qui est sûr, c’est qu’on y va
D’un pas sûr, d’un pas lent, d’un pas timide ou chancelant
On se regarde comme des lions en cage en miaulant comme des bébés chats
On sent la moutarde nous arriver au tarin mais on garde notre sang froid

On devrait réaliser que pour se sortir de toute cette merde on a besoin de pas grand chose
Il nous faudrait juste 2018 ans de lucidité et trente secondes de courage
Que quelqu’un ouvre tout grand sa gueule et qu’il presse sur le bouton pause
En balançant: « Coupez, vous êtes mauvais… allez, on recommence le tournage »

 

© 2016 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

J’aurai le temps de te regarder dormir
Quand mes journées seront tes nuits
Ou que je souffrirai d’insomnie

J’aurai le temps de te regarder sourire
Pour autant que l’histoire soit drôle
Que mes doigts te chatouillent quand je te frôle

J’aurai le temps de colorier tes souvenirs
D’en faire des statues à l’argile
Indémodables, indélébiles

J’aurai le temps de te regarder écrire
Les déserts et ses mirages
Sur des cahiers de 600 pages

J’aurai le temps de t’emmener sur les nuages
Au seuil du vertige
Suspendu au dernier étage

J’aurai le temps de te regarder rougir
Quand le soleil embrasera ta peau
Comme ma bouche embrasse ton dos

J’aurai le temps de te dire de revenir
Quand depuis ton avion
Tu survoleras mon donjon

M’abandonnant comme une princesse
Dans les griffes du dragon
N’oublie pas mon adresse, rappelle-toi de mon nom

J’aurai le temps de te regarder fleurir
Quand les pluies de saison
Feront éclore les bourgeons

De chaque branche aux reflets verts
De chaque bruit de tonnerre
Si le coup de foudre est éphémère, il fait quand même flamber la terre

J’aurai le temps de t’aimer à l’infini
Sans barrière et sans peur
Sans pansement pour le coeur

Quand je porterai pour seul habit
Tes soupirs de rêveur
Et qu’au beau milieu de nos nuits, nous bâillonnerons la pudeur

 

© 2017 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

Le pire, c’est de naître femme dans un monde où l’homme,
Mouillé de chaud, demeure sexiste et macho
Englué dans trente kilos de muscle artificiel
Dénonçant les défauts des entrailles de maman parce que c’est une femelle,

 

Et puis se faire brûler la peau par les rétines affûtées
De ces meutes de loups affamés
Bavant sur les cadenas à huit chiffres des soutiens gorges harnachés
Aux décolletés plongeants des passantes élégantes mais fatiguées

 

Non, le pire, c’est de naître étranger
Dans un pays qui t’a vu grandir, dans un pays qui t’a vu ramer
Qui se dit être ta maison, mais qui te cloue au bas de l’échelle en déclarant:
Dommage, vous auriez pu tout avoir, un job intéressant, une famille, des enfants,
Vous auriez certainement pu vous épanouir, jouer dans la cours des grands
Malheureusement, les couleurs de votre passeport disent que vous faites Ramadan
Et chez nous, on a de la place pour tout le monde hein, vraiment
A condition qu’ils affichent sur leur visage la couleur du parmesan

 

C’est horrible ça, c’est avoir une longueur de retard toute sa vie, pour une couleur de peau
Etre déclassé par les regards humiliants de ces hommes politiques en une des journaux
Et de se sentir trop nu à cause d’un drapeau,
Se sentir trop différent à cause d’un accent

 

Le pire, c’est de naître aveugle avec les yeux ouverts
Déposé au pied d’un arc-en-ciel, celui qui rend la terre si belle,
Condamné à dessiner le bonheur avec une peinture imaginaire,
Sans rouge, sans jaune, sans bleu, sans vert

 

Ou alors, ce qui doit être pire encore, c’est de naître riche là où il n’y a rien à acheter
Où l’amour est en libre-service sur chaque arbre fruitier
Avoir un portefeuille ruisselant de billets verts
Dans un monde où la gratuité a englouti le quartier des affaires

 

Etre blindé de thune au point de devoir réfléchir à comment dépenser ce qui ne coûte rien
Au point de ne plus te souvenir dans quelle foutue baraque tu as oublié tes gamins
Au point de te payer du travail à défaut de te payer des vacances
Au point d’avoir loué les trois quarts du Paradis pour toi et toute ta descendance

 

Non, finalement, le pire du pire, ça doit être de naître gay
De se faire montrer du doigt, de défrayer la chronique
Parce que deux mecs en slip, ça fait toujours sourire, non ? C’est typique
Et de s’entendre dire par les plus maladroits:

 

« Aimer quelqu’un du même sexe, c’est n’aimer que soi,
C’est égoïste, c’est malsain, ça devrait être interdit par la loi
On devra leur expliquer nous, à nos enfants, à quoi ça ressemble la normalité
Leur faire gober que faire crac-crac avec son équivalent,
C’est juste une vilaine mode qui va finir par passer »

 

Bah voilà, c’est ça le pire: de naître entouré par des gens qui te filent mal au bide,
Qui te lacèrent l’existence de remarques putrides
Etre intoxiqué par des mollusques olympiques, fermés comme des huîtres hermétiques,
Productrices de fausses perles en faux plastique

 

Le pire, c’est d’être voué à subir la frustration de cet humain pessimiste
Celui qui dit évoluer sur le droit chemin, mais qui en réalité, ne sait faire que du hors-piste
Se retrouver parachuté dans un remake bon marché de la Préhistoire,
A cette époque où la peine était de mort et où les règles du jeu étaient soit blanches, soit noires

Le pire, c’est de se faire condamner par les jugements de ceux qui pensent avoir raison
Subir les recommandations de ces inflexibles bourrés de principes à la con
Ceux qui te demandent ta confiance pour te la chérir, te l’embrasser, puis te l’acheter
Et qui finissent par te la broyer d’un revers de reproche,
Pour l’épingler à leur tableau de chasse avec audace, à grand coup de pioche

 

Tout compte fait, le pire aujourd’hui, c’est de regarder ce que font les autres pour essayer d’exister
C’est croire que parce que tu es différent, tu as moins de chance d’y arriver
Et penser un truc comme ça, qui que l’on soit, c’est se tirer une balle dans le pied,
C’est comme espérer gagner une course d’orientation, mais avec les yeux bandés

Alors assume d’être autrement,
Rigole quand les gens pleurent, chante quand les gens se taisent
Embrasse quand les gens se frappent et dors quand les gens baisent
Défends quand les gens attaquent, adore quand les gens détestent
Reviens quand les gens partent et pars quand les gens restent
Marche quand les gens courent, regarde quand les gens occultent
Chuchote quand les gens crient et souris quand les gens t’insultent

 

N’attends pas que demain redevienne hier, ni que l’automne devienne l’hiver
Apprends à lire l’heure à l’instant présent, mais surtout laisse le temps au temps
Même au pied du sapin, ce n’est pas l’emballage qui fait le cadeau
Et pour petit rappel, n’oublie jamais qu’un renard peut très bien plumer un corbeau

 

​© 2017 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen

Comment tu t’appelles ?
Paraît que c’est toi ma cheffe directe et que j’vais grandir sous ton aile
On n’a pas fini de se regarder, on n’a d’ailleurs pas commencé
Mais avant tout j’ai quelques questions à te poser

 

D’abord, pourquoi t’as souri en entendant mon premier cri ?
Pourquoi tes yeux se ferment-ils quand tu m’écoutes respirer ?
Pourquoi tes bras font-ils la taille de mon corps tout entier ?
Pourquoi j’ai sur mes fesses un truc humide et rembourré ?

 

Puis ces habits bariolés qui me boudinent comme un sumo
On dirait un dindon ficelé qui a fait de la rétention d’eau
Un bonnet sur le crémol, même quand c’est la canicule
T’as peur que mon âme elle s’envole pendant que mes bras gesticulent ?

 

Et dis, c’est qui tous ces enfants assis autour de moi
Qui n’osent s’exprimer qu’en levant le doigt
Alignés comme des moutons devant un tableau noir
Marignan, 14-18, je crois que c’est leçon d’histoire

 

Et cette cloche qui hurle pour annoncer la fin des cours
Qui me file la liberté de recommencer à rêver
Légalement sans me planquer, les yeux rieurs, regard figé
Ballade sur un lion arc-en-ciel dans la tour de Babel

Et puis c’est qui ce mec qui ressemble à un savant fou
Qui se dandine dans la classe comme un mannequin de Moscou
Il nous dit que c’est l’oeuf qui a fait la poule en premier
Et que le coq était cocu, du coq à l’âne c’était vite vu

 

Comment tu t’appelles ?
Paraît que c’est toi ma cheffe directe et que j’vais grandir sous ton aile
On n’a pas fini de se regarder, on n’a d’ailleurs pas commencé
Mais avant tout j’ai quelques questions à te poser

 

C’est quoi ce délire, mon corps qui s’est mis à changer
Tu m’avais dit que j’allais grandir mais pas au point de me transformer
J’ai bien pigé les règles du jeu, mais je préfère pas y penser
A vrai dire je riais plus quand je saignais du nez

 

Alors c’est ça d’être adulte, c’est pouvoir donner la vie
C’est faire des piles de factures qui pèsent aussi lourd que ton âge
C’est avoir le job idéal, chef de la brigade coloriage
Un clébard, une grosse baraque et des vacances aux Antilles

C’est se battre pour évoluer comme dans un jeu vidéo
Nager comme Picsou dans la boîte du Monopoly
Regarder Philippe Risoli tourner la roue du « Juste Prix »
Et se réveiller le matin pour peigner son poil dans la main

 

C’est se lever chaque jour en écoutant ses os craquer
C’est se parquer près du but pour ne pas devoir trop marcher
C’est s’assoir dans une gare pour regarder les trains se croiser
C’est pleurer dans une église et voir les coeurs se séparer

 

C’est aimer pour la vie puis détester à la folie
C’est rire du malheur des autres en se noyant dans son mal-être
C’est parler pour ne rien dire mais ne pas savoir se taire
C’est se vendre du paraître au prix du kilo de pommes-de-terre

 

Salut, comment tu t’appelles ?
Paraît que c’est toi ma cheffe directe et que j’vais grader sous ton aile
On n’a pas fini de se regarder, on n’a d’ailleurs pas commencé
Mais avant tout j’ai quelque chose à t’avouer:

 

Tu sais, très honnêtement, j’étais quand même bien dans ton ventre
Il manquait juste 10 centimètres pour que je puisse étendre les jambes
Et un filet de lumière traversant une petite fenêtre
Que j’aurais pu installer moi entre ton coeur et ton urètre

 

© 2016 – Escales Productions & Phanee de Pool
Texte & musique : Fanny Diercksen